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Violences:EN FINIR AVEC LA CULTURE DE L’EXCUSE !

Mars 2021 est encore frais dans les mémoires. Une orgie de violences aveugles s’est déroulée au Sénégal. La répression policière fut, par moments, disproportionnée, et a été légitimement condamnée par quiconque est sensible à un minimum d’honnêteté intellectuelle. Néanmoins la violence de certains émeutiers, et non manifestants, n’a pas été suffisamment dénoncée. Il faut dire que l’atmosphère de mars, en cela très ressemblant aux journées de fièvre populacière qui se sont déroulées dans l’histoire, ne tolérait pas la contradiction, la lucidité, la nuance, en somme la critique.

Il fallait approuver le mouvement, hurler avec les loups ou se taire prudemment. Des magasins Auchan ont été détruits, sans susciter d’indignations majeures. Quelques bonnes âmes la justifiaient même sous prétexte que l’enseigne était l’emblème de la mainmise du du Grand Satan, comprendre la France, sur l’économie nationale. Des journalistes ont été menacés, leurs biens matériels détruits. Bien faits pour eux, ils appartiennent aux “merdias”, comme on dit dans le langage bien fleuri de certains activistes politiques. Enfin des arrêts de bus, des municipalités, des maisons de citoyens, ont été attaqués sans que l’hallali ne bruisse. Pourquoi ?

Cette jeunesse de Mars, disait le sens commun, était frustrée, abandonnée, affamée, pauvre et en colère contre des élites corrompues. On l’idéalisait pour mieux l’excuser croyant sans doute avoir eu affaire à des Danton, des Guevara modernes. Mais un oeil attentif et un examen minutieux du profil des auteurs de ces actes violences, -et là il est important de dissocier émeutiers et manifestants aux revendications politiques légitimes- permettaient de constater que ces jeunes n’étaient mus par aucun idéal vertueux, qu’ils ne savaient rien des aspirations profondes contenues dans le slogan “Free Sénégal”. C’était, n’ayons pas peur des mots, pure folie destructrice, banditisme, sauvagerie et déferlement crapuleux.

Et c’est la même engeance qui sévit aujourd’hui, en marge des combats de lutte ou des matchs de navétanes, vandalisant, détruisant, agressant, détroussant les pauvres badauds qui ont le malheur de se trouver en travers de leur chemin. Cependant, les condamnations sont plus audibles qu’en mars. Prise de conscience ou hypocrisie ? On aurait tendance à privilégier la seconde explication. Les langues se délient parce qu’il n’y a plus en toile de fond la chape de plomb politique, et que l’on a moins peur de fâcher la maréchaussée militante qui patrouillait sur les réseaux sociaux à l’époque.

Toutefois, même avec la meilleure volonté, on ne parvient toujours pas à se départir de la même funeste culture de l’excuse. Ainsi, l’on entend les mêmes justifications oiseuses sur une jeunesse désoeuvrée, oisive (par la faute bien sûr des politiques publiques), qui exprime son mal être par la violence, présentée comme un exutoire des privations sociales. Cette façon de voir les choses est louable, généreuse et comporte même une part de vérité, mais tend à infantiliser et à victimiser les coupables. Surtout, elle écarte totalement la notion de responsabilité individuelle dans les réussites et les échecs d’une trajectoire de vie.

D’autres analystes font, eux, le procès de la lutte ou des navétanes et demandent leur suppression. Ce serait un regrettable aveu d’échec. La lutte et les navétanes font partie de l’identité, de la culture et du folklore de notre peuple. Ce sont deux éléments prépondérants de notre patrimoine sportif. Ils génèrent, par ailleurs, des retombées économiques subséquentes. Les supprimer serait apporter une mauvaise réponse à un vrai problème.

Ce qu’il faut , c’est identifier les fauteurs de trouble, les condamner sévèrement et prononcer des interdictions de se rendre au stade. Il faut renforcer le dispositif sécuritaire autour de ces rencontres, pour qu’ils redeviennent des spectacles où les familles sénégalaises peuvent se rendre en toute sécurité.

Il serait également salutaire que les hommes politiques tiennent un discours de vérité à cette frange de la population, un message qui sort des clichés sur leur condition “d’aliénés du système”. Les inviter à prendre leur destin à bras le corps, à cultiver patiemment la réussite, à se défaire de l’attrait des raccourcis faciles. “Politiser les masses, c’est ouvrir l’esprit, c’est éveiller l’esprit, mettre au monde l’esprit. C’est s’acharner avec rage à faire comprendre aux masses que tout dépend d’elles”, disait Fanon dans Les Damnés de la terre.

Il y aura forcément des gens laissés sur le bord de la route, à qui le chance ne sourira pas, mais ce sera la manifestation du côté tragique de l’existence.

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