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Condamné à 6 mois ferme : Kabirou Mbodj, la descente aux enfers

L’affaire opposant le patron de Wari et ses anciens collaborateurs est loin de connaître son épilogue. Après la décision de la 3e chambre criminelle  condamnant Kabirou Mbodji à 2 ans dont 6 mois ferme, la défense a décidé d’interjeter appel. De leur côté, les parties civiles, non satisfaites du montant de 5 milliards qui leur a été alloué, compte aussi faire appel sur les intérêts civils. La bataille judiciaire est partie pour être très âpre.

Par Justin GOMIS – La descente aux enfers se poursuit pour le fondateur de Wari. Kabirou Mbodji a été reconnu coupable des faits d’abus de biens sociaux et d’augmentation de capitale. En statuant hier sur cette affaire l’opposant à ses anciens collaborateurs, Malick Fall, Seyni Camara et Cheikh Tagué, la 3e chambre correctionnelle  a condamné le prévenu à 2 ans, dont 6 mois ferme, et a alloué aux plaignants la somme de 5 milliards de francs, en guise de dommages et intérêts. Cette décision a eu un goût amer chez les avocats de la défense.

Et ils ne cachent pas leur mécontentement. «Vous avez entendu, comme nous, la décision que le Tribunal vient de rendre. Nous la déplorons et nous ne sommes pas d’accord du tout», martèle Me Abdoulaye Camara, à sa sortie de la salle d’audience. Déjà, ils vont interjeter appel. Selon lui, leur intention n’était pas d’aller au fond de l’affaire, mais de soulever des exceptions. Et c’est dans ce sens qu’ils ont invoqué, dit-il, l’Article 401 du Code de procédure pénale, pour relever ces exceptions.

A l’en croire, si ces exceptions étaient retenues, elles auraient mis fin à la procédure en insistant sur le principe de l’autorité de la chose jugée. Il dit : «Ces exceptions sont fondées sur deux éléments : un arrêt de la Chambre d’accusation, qui est la Cour d’appel, du juge d’instruction qui, pour les mêmes faits, entre les mêmes parties, pour la même partie, ont complément blanchi Kabirou Mbodji. Ces gens sont allés devant la Cour suprême qui a rejeté leur pourvoi contre la décision de la Chambre d’accusation.»

Il enchaîne : «Cette décision de rejet a pour conséquence de rendre irrévocable la décision blanchissant Kabirou Mbodji. Cela veut dire que le juge d’instruction, qui a instruit l’affaire, n’avait pas le droit de passer outre la décision de la Cour suprême, parce qu’elle était irrévocable. On dit, chez nous, que cette décision est entrée dans l’ordonnancement juridique, elle s’impose à tous.  Ce qui veut dire que, même si notre client n’est pas présent comme c’est le cas, le juge était tenu, parce qu’il avait le document avec lui, de le relever d’office. Il n’a pas pu le faire.» Les regrets de Me Camara sont à la hauteur de la décision.


Dans son discours, il insiste sur le respect des conventions internationales signées par le Sénégal et qui stipulent que toute personne a droit  à un procès équitable.
«Ces conventions internationales ont une valeur supra-légale, c’est-à-dire qu’elles s’imposent nonobstant les dispositions internes contraires, comme les articles que le juge a cités. Mais, ces conventions internationales disposent que, même en son absence, la personne poursuivie a droit à être défendue», remarque l’avocat, qui s’interroge : «Comment on peut défendre quelqu’un si le défenseur n’a pas la parole ? Ce n’est pas possible», répond-t-il à sa propre question.


Par ailleurs, il regrette le non-respect des dispositions de l’Article 401, après que la défense a demandé le rabat des délibérés. «A tous les niveaux nous marquons notre désaccord et nous avons interjeté appel, dans l’espoir que la Cour d’appel va nous dire ce que nous considérons comme étant le bon droit», poursuit l’avocat.


Dans le même sillage, Me Pierre-Olivier Sur regrette les derniers développements de l’affaire. «La Chambre d’accusation et la Cour suprême ont déjà statué pour rendre un double non-lieu.» Par conséquent, l’avocat français ne comprend pas «le fait que  sur le même périmètre des faits reprochés, on se retrouve maintenant en première instance devant  le premier juge qui condamne». «C’est ce que l’on appelle un hiatus. C’est quelque chose qui ne va pas», relève-t-il, en indiquant le respect qu’il voue aux magistrats. Même s’il ne veut pas critiquer une décision de justice, il pense que les juges se «sont trompés». Pour lui, cette erreur est «énorme et il est nécessaire de saisir le  président du Conseil de la magistrature» pour corriger ce «hiatus».


De leur côté, les parties civiles ne sont pas satisfaites du montant de 5 milliards, qui leur a été alloué en guise de réparation. Selon Me Baboucar Cissé, un des avocats de Malick Fall, Seyni Camara et Cheikh Tagué, ils vont interjeter appel sur les intérêts civils.

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