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Les 2 visages de Macky Sall : entre perception et représentation

Pour le Président Macky Sall, les accusations de dictature à l’interne font face au statut de démocrate érigé à l’étranger. Une double image et une perception différente ici et ailleurs, que des spécialistes analysent avec L’Observateur.

Nul n’est prophète chez soi. Pour Macky Sall, chef de l’Etat du Sénégal depuis 2012, l’adage est une vérité admise. Il lui va comme un grand boubou présidentiel. Taxé de tyran qui foule aux pieds la Constitution, embastille son opposition avec une justice aux ordres, dilapide l’argent public…

le Président Macky Sall fait, au Sénégal, l’objet de critiques les plus acerbes par l’opposition politique et les pourfendeurs de son régime. Mais à l’étranger, le chef de l’Etat jouit d’une image d’exception qui tranche avec celle de beaucoup de ses homologues africains. Sur le Continent, en Europe comme en Amérique, le Président sénégalais, perçu comme un chantre de la démocratie, est célébré par plusieurs prix.

Il est vu comme un leader prônant des valeurs de respect des droits de l’homme et de la Constitution. L’illustration, la dernière en date, vient du Secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, en visite au Sénégal les 19 et 20 novembre dernier. S’exprimant lors d’une conférence de presse conjointe avec la ministre des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur, Aïssata Tall Sall, Blinken a applaudi la démocratie sénégalaise et tressé des lauriers à Macky Sall, qu’il décrit comme «un leader fort».

«Je sais que le Président Macky Sall a beaucoup foi en la Constitution de son pays. Et, je suis sûr que c’est ça qu’il a en tête en menant la démocratie sénégalaise», dit-il. Allant plus loin, le chef de la diplomatie américaine souligne que le Sénégal a un rôle clé à jouer, parce qu’étant une démocratie forte, avec une tradition d’institution et un leadership qui peuvent porter le drapeau démocratique, dans la région et, au delà en l’Afrique.

«La présidence de l’Union africaine (Ua) par le Sénégal, l’année prochaine, c’est un moment très important parce que justement en ce moment, nous avons ces défis qui s’annoncent au Sahel, nous voyons en Ethiopie, au Soudan et autres, des reculs», confie Blinken. Une double image et une différence de perception du Président sénégalais qui s’explique aisément, selon beaucoup de spécialistes en relations internationales.

«L’appréciation dépend du camp où on se situe»


Aly Fary Ndiaye en est un. Pour ce géopolitologue et spécialiste des questions américaines, cette perception du Président sénégalais, par les Usa par exemple, va au delà de Macky Sall. «Les Américains se basent sur des positions de principe, le choix du Sénégal dépasse la personne du Président Macky Sall.

Du temps de Léopold Sédar Senghor, le Président Carter était venu, Clinton est venu sous Abdou Diouf, Bush est venu sous Abdoulaye Wade et Obama est venu sous Macky Sall. Donc, c’est l’historique et les ressorts de la démocratie sénégalaise qui sont considérés par l’administration américaine comme quelque chose de solide, et c’est cette image qu’ils veulent encourager et donner en exemple à l’Afrique», explique Aly fary Ndiaye.

Il s’y ajoute, selon le géopolitologue, que le Sénégal reste l’un des pays les plus stables d’Afrique, qui n’a jamais connu de guerre civile ni de coups d’Etat, avec une presse libre et démocratique.

«Le Sénégal respecte tous les critères de ce que Freedom house (Ong financée par le gouvernement américain et basée à Washington, qui étudie l’étendue de la démocratie dans le monde) définit comme une démocratie parfaite, et c’est à l’avantage du Président Macky Sall qui passe pour un leader fort, et fait croire que le Sénégal est un pays stable.

Mais l’appréciation dépend du camp où on se situe.» Analyste géopolitique et communicant politique, Régis Hounkpé indique qu’avant de parler de Macky Sall, il faut reconnaître, surtout en ces temps instables dans la sous-région ouest-africaine émaillés de coups d’Etat constitutionnels et militaires, que le Sénégal fait figure de modèle.

«Le pays est l’un des rares sur le continent africain à n’avoir jamais connu de coup d’Etat militaire. Certes, les élections sont souvent chahutées, avec parfois des troubles graves, mais il y a une forme de mesure et de limites indépassables au Sénégal. Je présume que cette « exception sénégalaise » profite au Président Sall qui est perçu comme un démocrate par les chancelleries occidentales», soutient-il.

«La perception du Sénégal à l’étranger tient au moins en trois raisons»


Selon Régis Hounkpé, le Président Sall a tout intérêt à se présenter comme le garant du modèle démocratique sénégalais, à l’intérieur du pays comme à l’international. «Ceci dit, la perception du Sénégal à l’étranger tient au moins en trois raisons : l’absence de coups d’Etat dans l’histoire du pays, la vitalité de sa jeunesse et de sa société civile et surtout le professionnalisme de son Armée. L’Armée sénégalaise jouit d’une excellente réputation :

républicaine et compétente. Il ne faut pas oublier le rôle modérateur des confréries religieuses qui complète ces indicateurs d’un pays à part, dans une Afrique de l’Ouest instable. Le Président Sall dispose de fait d’un capital symbolique et réel à fructifier», constate Régis Hounkpé. Seulement, comme l’a signalé Aly Fary Ndiaye, l’appréciation dépend du camp où l’on se trouve.

Cette perception flatteuse du Président Macky Sall par l’étranger n’est clairement pas partagée par l’opposition sénégalaise, pour laquelle Macky Sall est tout le contraire d’un démocrate. «Evidemment, la perception au niveau national est sujette au contexte politique des crises sociales, des campagnes préélectorales et des dérives que les oppositions perçoivent comme telles, attentatoires à l’expression de la démocratie sénégalaise, explique M.

Hounkpé. Pour ses opposants, il représente justement le fossoyeur du modèle sénégalais. C’est une question de perception et de représentation.» Aly Fary Ndiaye d’ajouter : «Force est de reconnaître que tous les chefs d’Etat ne vivent que de l’image de leur pays à l’étranger. A l’étranger, on voit le Sénégal comme une démocratie parfaite, mais l’aspect qui ne pourrait pas convenir à l’opposition, c’est quand Antony Blinken parle du Président Macky Sall comme un leader fort, parce qu’un leader n’est fort que de la force de ses institutions républicaines.»

Le pétrole, un sommet afro-américain en gestation…, ces non-dits


Toutefois, cet ‘’avis favorable’’ attribué au Sénégal par les dirigeants étrangers ne serait pas totalement gratuit et désintéressé. «La diplomatie, ce n’est pas de la philanthropie, souligne Régis Hounkpé. C’est bien la défense d’intérêts stratégiques et en cela, les dirigeants occidentaux, et même russes, chinois, turcs s’adaptent aux pouvoirs en place.» Pour sa part, Aly Fary Ndiaye rappelle que le Président Macky Sall va diriger l’Union africaine à partir de 2022.

«Et depuis un certain temps, on débat à Washington sur la possibilité d’organiser un sommet entre les chefs d’Etats africains et le Président Joe Biden, donc un sommet afro-américain pour réparer les dégâts que l’administration Trump et ses secrétaires d’Etat ont eu à faire vis-à-vis de l’Afrique. Ils pensent qu’en ayant le Président Macky Sall comme allié stratégique, ils peuvent avoir un interlocuteur privilégié qui pourra faciliter et organiser le processus de ces rencontres entre les Etats africains et l’administration Biden.»

Et suivant le spécialiste en relations internationales, cette perception n’est pas gratuite parce qu’au delà des aspects démocratiques, la diplomatie est liée aux questions militaires et économiques stratégiques. «Le Sénégal est un pays pétrolier, au delà de sa position stratégique, et tout le monde peut constater les compétitions entre les grandes firmes américaines et chinoises dans la quête du contrôle de l’exploitation du pétrole. Ces éléments entrent en jeu et encouragent l’administration américaine à essayer de peser de son poids pour que les compagnies américaines puissent bénéficier de ce marché juteux.»

Et pour la question image, le Président Macky Sall redore la sienne et peut se glorifier. Car, explique l’enseignant en Géopolitique, Régis Hounkpé, il y a toujours chez les présidents africains cette quête permanente de légitimité permanente. «Et cela passe parfois par les services d’agences de communication aux honoraires absurdes, ou par une diplomatie active.

Le Président Sall qui prendra la présidence en exercice de l’Union africaine pour la période 2022-2023 doit montrer des signes de leadership démocratique et cela commence par sa gouvernance nationale. Il sera bientôt sur la scène internationale, parlera et agira pour le continent. De toute évidence, tout ce qui se passe à Dakar sera scruté, apprécié ou critiqué», souligne-t-il. 

Le Sénégal apparaît aujourd’hui comme l’une des démocraties francophones les plus stables et constitue une plante entourée par un désert en Afrique de l’ouest, estime Aly Fary Ndiaye, et le Président Macky Sall devrait en tirer des leçons. «C’est sûrement une fierté pour lui et doit être vu comme un encouragement dans la consolidation de la démocratie, mais cela doit aussi le pousser dans le sens du respect des engagements démocratiques, des mandats présidentiels et accepter le renouvellement des élites de manière permanente, c’est la leçon qu’il devrait en tirer. Laisser un héritage plus important que de se pérenniser au pouvoir», avise  Aly Fary Ndiaye. 

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