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Activistes et rentiers de la tension (Par Yoro Dia)

“L’apathie est l’ennemi mortel des démocraties”, nous dit Alexis de Tocqueville. En entrant par effraction dans l’espace public qui était le monopole des politiciens, et surtout en initiant des nouvelles règles et logiques de l’engagement collectif, le mouvement Y’en a marre avait sorti notre vieille démocratie de l’apathie politicienne dans laquelle la classe politique l’avait plongée.

Cette nouvelle logique de l’engagement collectif et citoyen, initiée par Y’en a marre, a été décisive dans la marche du pays vers la seconde alternance. C’est pourquoi dans ce qu’il est convenu d’appeler l’affaire Kilifeu, il faut se garder de jeter le bébé avec l’eau du bain, en séparant les agissements privés du Monsieur et l’esprit du mouvement qui doit en tirer les leçons.

La première leçon qu’il faut en tirer est que l’activisme ne saurait être un métier ; d’où la suspicion légitime qui pèse sur tous ces activistes permanents et professionnels, car les activistes ne sont pas des moines soldats. Aujourd’hui, il serait intéressant de se pencher sur les activités professionnelles des activistes. Beaucoup sont des rentiers de la tension électorale ou des rentiers de la foi qui se prennent pour des Savonarole. Une démocratie a besoin d’une société civile, mais malheureusement la nôtre a été réduite à des rentiers, soit de la tension électorale ou religieuse. Aujourd’hui la société civile aurait dû être à l’avant-garde de la croisade contre le corona, mais elle a le même péché originel que notre classe politique qui ne se préoccupe que de la question électorale. Au début du corona, la classe politique et la société civile s’étaient unies pour sensibiliser et partir en croisade contre l’ennemi commun qu’est le corona. Aujourd’hui, face à cette troisième vague beaucoup plus meurtrière, l’incapacité de notre classe politique à se mettre ensemble, ne serait-ce que pour demander aux Sénégalais de se faire vacciner, confirme le vieux proverbe peul qui dit que «l’habitude c’est comme les cheveux, tu as beau te raser, ça finit par revenir».

La division et l’incapacité de s’entendre sur le minimum vital politique sont une vieille habitude de la classe politique et de notre société civile. Convaincre les Sénégalais de se faire vacciner et sauver des vies est plus utile que la distraction massive de Jamra qui joue à l’inquisition permanente comme Savonarole dans la Florence des Médicis. Bientôt Jamra va nous imposer la création d’un «Ministère de la promotion de la vertu et du combat contre le vice», comme dans l’ancien Emirat des talibans d’Afghanistan. Bientôt il faudra passer par le bureau de la censure morale de notre Savonarole local avant de diffuser un film ou de créer une œuvre artistique. Néanmoins, il y a une grande différence entre les talibans et certains de nos activistes locaux. Les talibans sont des fondamentalistes convaincus qui se battent pour rester dans leur obscurantisme médiéval à huis clos, alors que la plupart de nos activistes ne sont que des rentiers de la tension.

L’instrumentalisation de la question de l’homosexualité est d’ailleurs un bon exemple. Les activistes pro capitalisent sur la tension en cherchant des rentes en Occident alors que les autres, les Anti, prospectent vers l’Orient. C’est pourquoi la position très claire et très ferme de l’Etat ne peut être audible, parce que le brouhaha médiatique sur la question fait l’affaire des rentiers de la tension des deux côtes, des deux extrémités.

Senegal7

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